Κυριακή, 10 Οκτωβρίου 2010

Filiation imaginaire



Filiation imaginaire
Kyvelou Evangelia
[2001]

MSc Psychologie Clinique et Pathologie

Effectuant notre travail en hôpital psychiatrique, nous avons eu l’occasion d’approcher différents sujets présentant des psychopathologies diverses.
Notre attention a été attirée par une attitude rencontrée assez souvent chez les individus tant de structure psychotique que de structure névrotique : il s’agit du questionnement autour de la filiation.
L’individu parle de parents imaginaires ou de frères imaginaires et leur attribue diverses propriétés. Dans d’autres cas, l’individu s’imagine qu’il a des parents inconnus et/ou qu’il est un enfant adopté.
Qu’est-ce que cette imagination d’enfant abandonné que nous retrouvons dans plusieurs mythes, dans des romans ainsi que dans le discours délirant ?
Sigmund Freud, dans son livre sur Moïse et le monothéisme , note que presque tous les peuples ont chanté, dans leurs poèmes héroïques, des rois légendaires qui étaient fils de parents illustres, le plus souvent des princes de familles royales qui avaient été abandonnés.
Il remarque que dans la majorité de ces légendes, un message arrive (par un rêve ou un oracle) avant ou pendant l’accouchement et prévient le père du danger que représentera pour lui l’enfant à naître. Le père décide alors de tuer l’enfant et ordonne à un serviteur de commettre cet acte.
Dans la plupart des cas, l’enfant est déposé dans un panier et abandonné dans une nature hostile où il sera toutefois sauvé par des animaux ou des hommes d’humble condition. Cet enfant ne retrouve ses illustres parents que beaucoup plus tard, après maintes aventures.
L’imagination du peuple, ajoute Freud, relie une naissance de ce type à des personnages illustres.
« La source de toute cette poésie est ce qu’on appelle roman familial. »
Qu’est-ce que le « roman familial » ?
« Dans cette évolution, où le sujet a commencé à devenir étranger à ses parents, le stade ultérieur peut être désigné du terme de romans familiaux des névrosés. »
« Tous les enfants du monde » , comme l’ont montré les analyses, à un certain moment, s’imaginent être nés d’un autre couple que le couple parental. Ces imaginations ont pour but d’aider l’enfant à « se détacher de l’autorité de ses parents » .
Il survient des événements mineurs dans la vie de l’enfant, qui provoquent en lui un sentiment d’insatisfaction et lui font imaginer qu’il est évincé. Ce sentiment est souvent engendré par la rivalité fraternelle. L’enfant se venge de ses parents par le fantasme qu’il est « un enfant d’un autre lit ou un enfant adopté » .
Ces parents imaginaires sont en général un couple plus prestigieux que les vrais .
Ce stade est atteint avant que soit acquise la connaissance des conditions sexuelles de la venue au monde. Quand l’enfant obtient le savoir de la différence des sexes et de la sexualité, il comprend que son existence en est la conséquence.
De cette façon, « il se borne […] à placer haut le père sans plus mettre en doute le fait, désormais irrévocable, que l’enfant descend de la mère. »
Freud continue : l’enfant « saisit que pater semper inertus est tandis que la mère est certissima. »
La pulsion érotique s’éveille grâce à la connaissance des processus sexuels ; cette pulsion est dirigée vers le parent de sexe opposé. Pendant cette phase, que Freud nomme « stade sexuel du roman familial », les enfants se vengent de leurs parents pour les interdits sexuels qui leur sont imposés par une activité fantasmatique : celle de la filiation imaginaire.
« Une variante intéressante de ce roman familial est celle où le héros, auteur de la fonction, tout en éliminant de cette manière les autres frères et sœurs comme illégitimes, fait retour, quant à lui, à la légitimité. »
Tous ces « fantasmes romanesques » de la substitution des parents, et plus précisément – écrit Freud – du père, ont pour but d’élever le parent au niveau qu’il occupait auparavant, quand l’enfant était petit : à ce « temps heureux » où ses parents n’avaient pour lui aucun désavantage. La nostalgie de ces années pousse l’enfant à une régression qui l’amène à remplacer ses parents par des parents imaginaires.
J. Laplanche et J.-B. Pontalis écrivent que « de tels fantasmes trouvent leur fondement dans le complexe d’Œdipe ». C’est une barrière contre l’inceste. Et ils ajoutent que de « tels fantasmes se rencontrent manifestement dans les délires paranoïaques. »
Ces deux postulats différents nous ont amenée à nous poser des questions, et notamment celle de la liaison entre délire de filiation et complexe d’Œdipe. Une telle liaison existe-t-elle ?
Selon la théorie de Jacques Lacan, le sujet psychotique n’entre jamais dans le complexe d’Œdipe. Pour lui, la psychose se définit par le concept de forclusion du signifiant du Nom-du-Père.
Que faut-il entendre par forclusion du signifiant du Nom-du-Père ?
La forclusion est un mécanisme propre à la psychose. Par ce mécanisme se produit un rejet d’un signifiant fondamental hors de l’univers symbolique du sujet. À partir du moment où ce rejet se produit, le signifiant est forclos. Il n’est pas intégré à l’inconscient comme le refoulement et fait retour sous forme hallucinatoire dans le réel du sujet.
Le mécanisme de la forclusion produit le rejet d’un signifiant fondamental hors de l’univers symbolique du sujet. Ce signifiant, Lacan le souligne, c’est le signifiant du Nom-du-Père.
Qu’est-ce que le signifiant du Nom-du-Père ?
Il s’agit de la fonction du Père dans l’Œdipe et par conséquent de sa fonction dans la castration.
Mais à quelle castration nous référons-nous en ce qui concerne le sujet psychotique ?
La castration dont il s’agit est tout d’abord la castration de la mère. L’expérience de la castration a été pour l’enfant de constater et de percevoir sur le corps féminin l’absence du pénis que la mère était supposée posséder.
À propos de la castration non symbolique du psychotique qui concerne le processus de forclusion, Lacan écrit : « La castration non symbolisée, non venue au jour du symbolique, réapparaît dans le réel. »
Le sujet psychotique ne peut pas réaliser « la parole » ; il ne peut pas communiquer à travers le symbolique. Le signifiant forclos vient au jour dans le discours délirant et occupe une entité réelle pour le sujet psychotique.
Si cette filiation imaginaire est en relation avec le complexe d’Œdipe (voir le roman familial du névrosé), que constitue-t-elle pour le sujet psychotique, vu qu’il ne rentre jamais dans le complexe d’Œdipe ?
Pour arriver à répondre à cette question, il nous semble qu’il faut prendre en considération la structure du délire ainsi que tout ce qui représente la filiation pour le sujet.
Le délire, écrit Freud, est un essai de reconstruction du monde.
Lacan disait : « Il faut prendre ce qu’il dit (le sujet psychotique) au pied de la lettre, ce qui, à la vérité, est justement ce qui jusqu’ici a été considéré comme la chose à éviter. »
De cette façon, nous approcherons le délire de filiation en prenant au pied de la lettre le délire du sujet psychotique.
Mais que signifie la notion de filiation ?
La filiation est l’histoire et la préhistoire de chaque personne. Les premiers droits légaux de chacun en ressortent. Elle est l’héritage du sujet.
La filiation implique aussi une notion de construction du monde car le premier monde de chaque sujet est sa famille.
La filiation a une importance fondamentale pour la construction des structures psychiques. Un enfant s’inscrit dans la filiation par le signifiant du Nom-du-Père.
Le sujet psychotique construit un délire à cause de la forclusion du signifiant du Nom – du –Père ; Ce délire se réfère assez souvent à des figures familiales imaginaires à travers lesquels le sujet construit une filiation délirante.
Quel problème le délire de filiation pose-t-il ?
Notre thèse est que le sujet ne choisit pas par hasard le thème de filiation et que ce thème occupe une place particulière dans le monde délirant.
Le sujet construit un délire de filiation pour pouvoir aborder la question de son origine.
Le délire de filiation témoigne de la carence du signifiant du Nom-du-Père et essaye de combler le trou du signifiant forclos dans le symbolique.

Donc, nous faisons l’hypothèse qu’il peut se formuler de la façon suivante.

Le délire de filiation est lié à la formation d’un « roman familial » , sauf que dans la psychose, le sujet délire sur ce qui n’a jamais été. Il essaie de suppléer sa carence paternelle, le trou du signifiant du Nom-du-Père. À la place de ce trou – comme une tentative d’ auto-guérison –, le sujet psychotique construit sa filiation « non symbolisée », sous une forme de délire de filiation.



CONCLUSION

L’interrogation portait sur l’apparition de la filiation imaginaire dans les mythes et le roman familial du névrosé et sur le délire de filiation du psychotique.
L’étude du sens de la filiation a montré que pour s’inscrire dans le champ du symbolique, l’individu doit passer par le complexe d’Œdipe. Le sujet réalise ce trajet à travers la métaphore paternelle. Si cette métaphore ne fonctionne pas, le sujet entre dans la psychose.
Le sujet psychotique construit assez fréquemment un délire de filiation car dans son entreprise de reconstruction du monde, il « produit » des parents.
Le délire de filiation est une tentative du sujet psychotique de suppléer sa carence paternelle.
La notion de filiation inclut la Loi qui est imposée par le Père. Le délire de filiation peut être introduit à la place du vide du signifiant du Nom-du-Père comme un essai de mettre une barrière à la « toute jouissance ».

Nous avons aussi remarqué que la filiation imaginaire, dans le délire de filiation, permet au sujet psychotique de communiquer au monde extérieur ce trou situé dans le champ du symbolique. Nous pouvons percevoir alors le délire de filiation comme une tentative d’auto-guérison.


Ce travail a fait émerger d’autres questions, par rapport à celle de départ.
Nous nous interrogeons aussi sur la filiation « réelle » du sujet. Comment interpréter des actes répétitifs – tels le suicide – que nous percevons comme transmis à travers les générations ? Quelle peut être notre intervention ?
Pour le moment, aucun réponse ne peut être fournie.
« Ce que je cherche dans la parole, c’est la réponse à l’autre. Ce qui me constitue comme sujet, c’est ma question. »

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Foto Sa filiation royale.
htt e-spania.revues.org


[Nous vous proposons de visiter les pages suivants:
Problématique sur le roman familial du névrosé et le délire de filiation du sujet psychotique
http://e-psychotherapia.blogspot.com/2011/02/problematique-sur-le-roman-familial-du.html
La Filiation
Le délire de filiation
Le délire
La différence entre névrose et psychose

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